"Ma vie commença par l'extinction. C'est bizarre mais c'est ainsi.

Dès la première minute où j'ai eu conscience de moi, je sentis que je m'éteignais."

     Ivan Goutcharov, Oblomov, 1859

 c'est cette prise de conscience qui depuis me fait peindre

 

" La mort, quel déshonneur ! Devenir soudain objet."

     Emil Michel Cioran


 

Qu’il est agréable de se perdre dans les plis. Motif aux formes non-définies, il se décline à l’infini de par la richesse de ses variations. Constitutif de toutes choses, il est le moyen pour figurer le corps. Son aspect charnel met en relief la précarité, le caractère fini inhérent à la condition humaine. Instable, éphémère et délicat, le pli incarne la caducité des choses, le temps qui s’écoule, le corps qui se meurt.

 

Dans l’espace pictural, ses ondulations donnent du volume à la surface de la toile. Elles se développent dans un apparent désordre qui structure et déséquilibre la composition. Les drapés ou autres objets constitués de plis apparaissent dans leur frontalité au sein d’un espace anonyme, intemporel. C’est dans le blanc omniprésent, que les figures isolées, figées ou au contraire révélées, s’expriment. Le pli exhibe ce que l’on ne voit pas, l’en de sous des choses est dévoilé. L’intériorité du sujet est mis à mal.

Par la représentation d’objets qui me sont proches, se dégage la volonté de rendre visible le banal. Extraits du quotidien, tous sont emprunts d’une certaine simplicité, futilité et gravité. Placés à vue, il me faut me confronter à eux pour les faire passer dans l’espace pictural. Lors de ce travail d’observation, un processus d’identification s’opère. Ainsi, le modèle devenu peinture, chargé de ma propre histoire, prend une autre dimension. L’ensemble de mes toiles forment ainsi une sorte d’ inventaire : c’est dans la diversité des représentations que je tente de figurer, par des choses empruntées au réel, un univers intérieur.

La peinture, à travers ma pratique, est devenue une forme d’ascèse. Sur la toile, les méandres de l’âme se retranscrivent dans les creux et les bosses des drapés ; mes humeurs, en proie à la mélancolie, sont transfigurées dans les variations du pli. Chacune est alors comme un miroir, une tentative d’approcher au plus près de ce qui me trouble.

 

Ce sont les notions de temporalité, variabilité et intériorité qui structurent l’ensemble de ma démarche artistique. Toutes mes toiles sont des peintures de vanité.